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La vie de Jehin-Prume
mériterait pour le moins un scénario de film
ou de BD, tant elle fut riche d’actions, d’émotions
et même quasiment de miracles….
Il
est né à Spa en 1839. Son père, Jules Antoine
Jehin, était artiste-peintre. Mais, du côté
de sa mère, Pétronille de Prume, on était
dans la musique depuis des générations. Le
grand-père avait été organiste à Stavelot et
l’oncle, François, était professeur de
violon à Liège. On dit que le jeune Franz a su
ses notes de musique avant les lettres de l’alphabet.
On dit aussi qu’à six ans, il donnait son
premier concert public de violon juché sur un
tabouret pour pouvoir être vu des spectateurs.
Comme il était manifestement doué pour cet
instrument, la ville de Spa et la province de
Liège lui octroyèrent des bourses afin qu’il
étudie sérieusement au Conservatoire Royal de
Liège puis de Bruxelles. Et donc, à 12 ans et
demi, Franz y obtint son premier prix de violon.
Cependant, c’est de Spa que démarra
véritablement sa carrière internationale. En
effet, toutes les têtes couronnées de l’époque
fréquentaient cette ville réputée pour ses
eaux et ses cures. L’occasion était bonne
pour le jeune Jehin-Prume de s’y faire
remarquer. Il fut invité en Allemagne, en
Pologne et en Russie.
À
Saint-Pétersbourg, il fut reçu par Anton
Rubinstein qui, après l’avoir entendu, s’exclama
: « vous êtes un violoniste classique, vous
êtes un violoniste romantique, vous êtes un
violoniste complet dans tous les genres ! » Il
eut l’honneur de jouer pour le Tsar et pour la
Grande Duchesse Catherine. Puis, il revint en
Belgique et s’y produisit de nombreuses fois .
Le Journal de Liège du 15 septembre 1859
constate que « l’enfant prodige est devenu un
éminent artiste. » Il repart en tournée en
France, en Norvège, en Suède, au Danemark.
Ayant reçu une invitation de l’empereur
Maximilien du Mexique et de sa femme, la
princesse Charlotte de Belgique, il affronte l’océan
et donne une nouvelle dimension à sa carrière.
Au
Mexique, il se produit dans des palais, mais
aussi dans des salles plus modestes, parcourant
le pays pendant 4 mois en diligence et à
cheval! Il fait un séjour, toujours truffé de
concerts, à Cuba et finit par arriver à
New-York et il s’y ennuie. C’est sans
compter sur un de ses camarades-étudiants du
Conservatoire de Liège, Jules Hone, violoniste
immigré au Canada qui, le sachant dans la
Grande Pomme, l’invite au Québec pour une
partie de pêche. Jehin-Prume ne se doutait
certainement pas en acceptant cette invitation
qu’il trouverait au Québec sa femme et,
finalement, le faîte de sa carrière.
Dès
son premier concert en Nouvelle-France ( il ne
pouvait pas s’empêcher de jouer), les
critiques musicaux de la métropole canadienne
sont unanimes : « le plus fort que nous ayons
entendu…Une des sommités artistiques les plus
remarquables qui soient venues au Canada…Monsieur
Jehin-Prume et Camille Urso ( jusque là le
meilleur violoniste local) ne semblent pas jouer
du même instrument…Il semblait que l’auditoire
fut sous l’emprise d’une puissance inconnue…
» Le Parlement interrompt ses travaux pour
écouter le virtuose dans son enceinte, un
événement qui ne s’était jamais vu et ne se
reverrait plus.
Jehin-Prume,
un Belge à l’origine de l’hymne national
canadien ?
Peu
de Canadiens connaissent le compositeur de leur
hymne national. En effet, le pauvre
Calixa-Lavallée n’a jamais été célébré
à sa juste valeur musicale, équivalente sans
doute à celle d’un Gounod dont il était le
contemporain. Mais, tous les Canadiens – et à
fortiori tous les Belges - ignorent qu’un
Belge originaire de Spa fut mêlé, et de très
près, à l’émergence de cet hymne. En
réalité, au moment où Calixa-Lavallée
cherchait à mettre des notes de musique sur le
texte qu’on lui proposait, il décida de s’adjoindre
deux amis pour guider, commenter et finalement
approuver son travail. Ce furent Arthur Lavigne,
le gros éditeur de musique de l’époque au
Canada ( ça peut toujours servir) et Franz
Jehin-Prume, un violoniste et compositeur
originaire de Spa. L’histoire veut que
Calixa-Lavallée présenta pas moins de 10
esquisses avant que le trio tombe d’accord sur
ce qui allait devenir quelques années plus
tard, après le décès de Calixa-Lavallée d’ailleurs,
l’hymne « Ô Canada » qui est maintenant
chanté d’un océan à l’autre à chaque
grande occasion. |