Historique
Depuis
le huitième siècle, Liège est le siège d'un
évêché. Au coeur de la ville s'élevait la
cathédrale Notre-Dame et Saint-Lambert, flanquée
d'une petite église paroissiale, baptistère de
la Cité nommée Notre-Dame-aux-Fonts .
Entre
1107 et 1118, l'archidiacre Hellin, curé de cette
église, lui donna cette cuve baptismale. Liège
était alors, depuis la fin du dixième siècle,
capitale d'une principauté ecclésiastique au
sein du Saint-Empire romain de la Nation
germanique ; elle était l'une des plus
importantes villes de l'Empire.
Notre-Dame-aux-Fonts
fut détruite avec la cathédrale durant la
période française, qui suivit la révolution de
1789 et vit la fin de l'antique nationalité
liégeoise (1793). Cachés par des particuliers,
les fonts échappèrent partiellement á la
destruction. Seuls le couvercle, qui portait des
figures des prophètes et d'apôtres, ainsi que
deux des douze boeufs du socle disparurent dans la
tourmente.
Après
le Concordat, en 1804, la cuve fut installée dans
l'ancienne église collégiale Saint-Barthélemy,
devenue paroissiale, où, elle sert toujours aux
cérémonies de baptême.
Origine
L'origine
de ces fonts suscite bien des questions. Les
sources sont rares, et les informations sont soit
incomplètes, soit suspectes. Deux noms d'auteurs
possibles ont été cités : Lambert Patras,
batteur dinantais, et Renier, orfèvre hutois.
Mais ces attributions ne reposent pas sur des
bases scientifiques satisfaisantes.
Depuis
1984, deux hypothèses s'opposent quant à
l'origine même des fonts.
Selon
l'une, ils seraient le chef-d'oeuvre de l'art
mosan, fabriqués dans nos régions à l'époque
où ils furent placés dans l'église (1107-1118).
Selon
l'autre, ils seraient l'oeuvre d'artistes
byzantins de la fin du dixième siècle, et
auraient pu être fondus à Rome sur ordre de
l'empereur Otton III, puis razziés en Italie par
une armée liégeoise à l'époque de leur
apparition en l'église baptistère.
Certains
spécialistes n'excluent pas qu'ils aient pu être
fondus en pays mosan avec la collaboration ou sous
l'influence d'artistes byzantins, vu l'importance
du rayonnement culturel de Constantinople au coeur
même de l'empire germanique. Des analyses de
laboratoire, effectuées en 1993, n'ont pas permis
de confirmer l'une ou l'autre hypothèse : elles
démontrent seulement que le plomb présent dans
l'alliage provient d'Espagne ou de Sardaigne,
alors que d'autres oeuvres du douzième siècle
d'origine mosane incontestable, ne contiennent que
du plomb local.
Quelle
que soit l'origine, les amateurs d'art sont
d'accord sur un point: ces fonts sont un
véritable chef-d'oeuvre, dans les trois domaines
de la technique, de l'iconographie et de
l'esthétique.
Description
Posée
sur un socle de pierre récent, la cuve semble
supportée par des boeufs, douze à l'origine,
orientés par trois vers les quatre points
cardinaux. Ils symbolisent la mission confiée par
le Christ aux douze apôtres: Allez, enseignez
toutes les nations et baptisez-les et
rappellent les douze boeufs qui, selon le Livre
des Rois, soutenaient la mer (bassin) d'airain
du temple de Salomon.
Le
baptême, depuis son origine, est le thème unique
développé dans les cinq scènes qui se
succèdent en haut-relief sur la paroi : baptême
de pénitence, prêché par Jean-Baptiste,
annonçant le baptême dans l'Esprit; baptême du
Christ, proclamation de sa divinité par Dieu le
Père, manifestation de l'Esprit-Saint ;
sanctification du monde (du monde juif au monde
gréco-romain) tant du temporel (baptême du
centurion) que du spirituel (baptême du
philosophe).
Un
sol ondulé court le long de la paroi, soulignant
l'unicité du thème, tandis que des arbres
stylisés séparent la plupart des scènes. Dans
chacune de celles-ci, le personnage essentiel est
de taille légèrement supérieure à celle des
autres ; c'est un procédé cher à l'art
populaire de tous les temps et de tous les pays ;
mais ici, l'artiste a disposé la scène de telle
sorte que cette disproportion paraisse naturelle.
Des inscriptions gravées identifient chacune des
figures.
La
prédication de Jean-Baptiste
Le
Précurseur, qui porte le manteau des ermites du
désert, appelle à la pénitence des publicains
vêtus à la façon des riches marchands et un
homme d'armes: cotte de mailles, casque de type
bassinet, bouclier normand suspendu au dos.
Le
baptême des néophytes ou baptême de pénitence
Jean
baptise deux jeunes gens entrés jusqu'aux genoux
dans le Jourdain. Je vous baptise avec l'eau,
mais vient après moi celui qui vous baptisera
dans l'Esprit-Saint. Deux disciples de Jean
montrent par leur attitude qu'ils se tournent vers
celui qui vient après Jean.
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Le
baptême du Christ
C'est
la scène principale : Jean-Baptiste s'incline et
pose la main droite sur la tête du Christ. Jésus
est plongé à mi-corps dans l'eau du Jourdain
représentée selon les conventions de l'art
byzantin ; son attitude évoque la vie surgissant
de l'eau ; il fait, de la main droite, le signe de
la Trinité. Les trois personnes divines sont
réunies et exceptionnellement figurées. Dieu le
Père apparaît en buste, la tête nimbée est
penchée vers le Fils. L'Esprit-Saint est
symbolisé par la colombe. A la gauche du Christ,
deux anges s'inclinent, les mains voilées en
signe de respect selon le rite oriental.
Le
baptême du centurion
Les
Actes des Apôtres rapportent que le centurion
romain Corneille, homme très pieux, avait fait
mander pierre pour être instruit sur le message
chrétien. Or, la loi hébraïque interdisait aux
Juifs de séjourner chez des étrangers. Mais Dieu
signifie en rêve à Pierre que toute personne qui
le craint lui est agréable. Alors Pierre baptisa
Corneille. La scène montre que l'autorité
temporelle, celle de l'empire en l'occurrence, est
sanctifiée par Dieu.
Le
baptême de Craton
Une
légende rapporte que Jean l'Evangéliste aurait
converti et baptisé à Ephèse un philosophe grec
qui enseignait le mépris des richesses, Craton.
Le philosophe, pendant du Centurion, symbolise le
domaine des choses spirituelles et l'ouverture de
l'église au monde grec et aux gentils de
toutes les nations. Les deux scènes sont
disposées symétriquement. Aucun arbre ne les
sépare.
Technique
La
technique employée est celle de la fonte à la
cire perdue. Un modèle de l'oeuvre est fabriqué,
grandeur nature, en cire. Il est ensuite enrobé
d'argile, puis chauffé. La cire, fondant,
s'écoule par des canaux, laissant dans le bloc
d'argile un vide dans lequel on coule du laiton en
fusion. Après refroidissement, le moule d'argile
est brisé et l'oeuvre est polie au sable fin.
extrait
de http://www.liege.com/musee/stb/home_stb.htm
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