Le
wallon est "né" entre les 8e et 12e
siècles des restes de la langue latine importée
dans nos régions par les soldats, les marchands
et les colons romains.
C'est au début du 16e siècle que se répand
le terme "wallon" pour désigner notre
langue. Celle-ci est un membre de la famille
des langues romanes et du sous-groupe gallo-roman
ou des langues "d'oïl", dont le
représentant le plus célèbre est le français.
Bien
que l'on commette souvent cette erreur, le
wallon ne doit pas être pris pour un dialecte du
français. Le rapport entre wallon et
français semble comparable au rapport entre le
luxembourgeois et l'allemand au Grand-Duché de
Luxembourg.
Le
wallon est probablement la langue d'oïl qui est
le mieux parvenue à survivre à l'ombre du
français. Le wallon est parlé dans de petites
régions de France (département des Ardennes)
et plus étonnamment aux Etats-Unis
(région de Green Bay, Wisconsin où existe une
forte colonie wallonne active et compacte
datant du 19e s.).
La
plus grande partie de la population n'utilisait
que le wallon dans la vie quotidienne. Cela qui eu
pour effet de permettre à la proportion de
personnes parlant le wallon de rester pratiquement
stable jusqu'au début de ce
siècle. (Excepté une lente diminution dans
les classes supérieures)
Mais le nombre d'utilisateurs a brusquement chuté
entre les années 1930 et 1960. Aujourd'hui, on
peut estimer que les utilisateurs actifs
réguliers représentent de 35 à 45 % de la
population (3 200 000 habitants). Chez les
jeunes de 20 à 30 ans, plusieurs études
s'accordent à dire qu'il y aurait environ 10 %
bilingues actifs et de 40 à 60 % de bilingues
passifs. La proportion des personnes à même
de comprendre le wallon est supérieure. La
proportion des personnes sachant lire et écrire
est négligeable. En général, les
hommes sont plus souvent bilingues que les femmes,
et les habitants des campagnes plus souvent que
les citadins.
La
littérature wallonne s'est développée sans
interruption avec des temps forts (par
exemple: les années suivant la deuxième guerre
mondiale), et ses temps faibles (le début du XXe.
siècle). La poésie se détache particulièrement
par sa qualité. Le théâtre, qui fleurit surtout
depuis la moitié du 19e siècle connaît une
production abondante (plus de 10 000 pièces)
essentiellement dans le domaine de la comédie. La
prose est d'un développement plus tardif (surtout
au cours de ce siècle). D'autres genres sont
pratiqués, tels que la bande dessinée, la
chanson, la traduction, etc. En plus de la
littérature, la prose non narrative existe depuis
un siècle, mais de manière embryonnaire. C'est
seulement depuis quelques années que certaines
revues wallonnes refont une place à des textes
concernant la vie des associations, la politique,
la culture, etc. Trop peu trop tard? Qui vivra
verra!
La
littérature est bien vivante: de nouveaux auteurs
paraissent régulièrement dans des revues qui
sont toutes — au moins en partie — consacrées
à la littérature.
Le
théâtre est florissant: plus de 200 troupes
amateurs jouent, dans les villes et les villages
de Wallonie, pour plus de 200 000 spectateurs par
an.
Dans
les médias, le wallon est présent à la
télévision publique (environ 2 heures par
semaine) et à la radio publique (environ 3 heures
par semaine). Cependant, la présence de la langue
est sans cesse sous pression (réduction du
budget, réduction du temps de présence, etc.).
Quelques radios privées, revues ou journaux
nationaux en français réservent une place au
wallon, de manière régulière ou occasionnelle.
Le
wallon est présent dans les services religieux de
manière sporadique (mariages, messes
spéciales...). Après une période faste dans les
années 70, la chanson wallonne végète, encore
qu'un intérêt nouveau se fasse jour: 2 ou 3
groupes de rock chantent en tout ou en partie en
wallon.
Le
wallon est presque totalement absent du monde
éducatif: les instituteurs ne sont pas formés
pour enseigner le wallon, le matériel
pédagogique est rare. L'absence d'une langue
écrite unifiée fait qu'il est difficile à un
instituteur qui ne parle pas nécessairement le
dialecte de l'endroit où il travaille,
d'enseigner le wallon à des enfants provenant de
régions diverses et qui sont de plus en plus
souvent des unilingues français. Malgré tout,
les initiatives ponctuelles, locales ne manquent
pas: concours de récitation, cours réguliers,
initiation par le jeu, les chansons, etc.
Bien
que certains aspects du tableau présenté
ci-dessus semblent plutôt sombres, nous avons
plusieurs raisons de croire que notre langue joue
encore, et continuera à jouer, un rôle dans
notre société. Il est encore possible (voire
plus possible qu’il y a une dizaine d’années)
de vivre en wallon, avec des personnes qui le
parlent, des revues qui l’écrivent, du
théâtre, des chansons, etc. Toutefois, le
wallon n’est utilisé, en général, que dans
des situations non formelles, il est absent
des écoles, des médias...
Extrait
de "Li Ranteule" asbl, - mars 1999
|